En plein marathon tricot, j’essaie de documenter les étapes pour les partager ici et tenir le cap. Au passage, je parle d’un sujet qui m’est cher et révèle quelques secrets de construction. Je préviens que ce billet est très long, il s’agit d’un marathon tout de même !
Comme vous allez le comprendre, la sobriété esthétique des vêtements d’Heidi Kirrmaier ne laissent pas forcément présager de l’ingéniosité de leur construction, où tous les détails sont soigneusement réfléchis aussi bien du point de vue décoratif que fonctionnel. Heidi a l’art d’exploiter au mieux les propriétés inhérentes de la maille tricotée.
Le cardigan à empiècement rond que je tricote est construit de haut en bas, avec peu de coutures. On commence par tricoter la bande d’encolure, étroite et longue.

Voyez comme la bande prend naturellement une belle courbe ? C’est grâce à la juxtaposition de points de hauteurs différentes : une lisière est tricotée en jersey, l’autre lisière est en tricotin (i-cord), deux fois moins haut que le jersey cela resserre au niveau de l’encolure, et la partie centrale au point mousse permet de faire la transition. Le point mousse étant moins haut que le jersey mais très extensible, il s’ajuste de chaque côté aux lisières de longueur différentes.
Ensuite on relève des mailles tout le long de la lisière la plus longue de façon à poursuivre l’empiècement des épaules.

Mais avant, on fait quelques rangs raccourcis au niveau de la nuque, de façon à ce que l’encolure se pose mieux sur les épaules et que ça ne baille pas dans le dos. Les 2 marqueurs du centre dans la photo précédente délimitent la zone où seront tricotés ces rangs raccourcis.

Mon fil est assez gros, c’est du jersey et on ne verra pas l’envers, du coup j’ai fait les rangs raccourcis à la japonnaise.

Un fois les rangs raccourcis du dos terminés, on continue à tricoter l’empiècement rond en faisant des rangs d’augmentations à intervalles réguliers, jusqu’à ce que l’empiècement couvre les épaules. Ensuite, on met en attente les mailles qui serviront à tricoter les manches, et on continue à tricoter les mailles du corps d’une seule pièce. C’est un étape cruciale dans ce type de construction. Un étape à prendre en photo à coup sûr. Mais je ne sais pas très bien ce qu’il s’est passé… quand j’ai repris l’appareil photos j’en étais là, presque au niveau de la taille !

A croire que les aiguilles ont travaillé toutes seules pendant mon sommeil ! C’est très très bien pour mon marathon, mais vous ne verrez pas la séparation des manches et du corps en photos. Je ne vais pas détricoter rien que pour la photo !
Le fait de passer de 300 mailles à l’encolure à moins de 200 pour le corps pourrait avoir favorisé cette envolée soudaine.

J’ai fait sur le haut du corps deux modifications par rapport au modèle, qui ne sont pas encore visibles sur les photos.
J’ai ajouté des pinces de poitrine horizontales en rangs raccourcis, parce que disons que j’ai plus de surface à couvrir sur le devant que dans le dos…
Et j’ai ajouté des diminutions sur les côtés pour marquer légèrement la taille. Non pas que j’ai une taille de guêpe, au contraire, mais c’est justement pour affiner ma silhouette à un endroit où elle ne l’est pas naturellement !
Ces étapes ont lieu plus ou moins simultanément, il faut bien tout surveiller pour ne pas en oublier. A mes débuts j’utilisais un papier et un crayon, prenais des petites notes, faisais des petits bâtons… et je m’embrouillais quand même ! Papier oublié au fond du sac, voir perdu, l’éternelle question « est-ce que j’ai déjà fait le petit bâton ? », et j’en passe ! Mon secret de fabrication se trouve sur l’envers :

Je fais un usage intensif de marqueurs ! Vous avez peut-être remarqué plus haut les marqueurs fermés (des filibulles bien sûr !), utilisés pour repérer les mailles : pour séparer les mailles lisières, pour délimiter la zone de rangs raccourcis, et pour indiquer les mailles de chaque côté du corps. J’utilise également des marqueurs qui s’ouvrent pour repérer les rangs.
J’identifie ainsi les rangs d’augmentations : ceux de l’empiècement (1) sont à répéter tous les 6 rangs, à chaque fois il n’y a plus à compter les rangs qu’à partir du dernier marqueur. Et compter jusque 6, c’est plus facile que de compter jusqu’à 18, hé hé !
Les marqueurs servent aussi à compter les rangs du corps (2), depuis la séparation des manches et du corps. J’en mets un tous les 10 rangs. Contrairement au bâton sur le papier, il n’y a pas de doute à savoir si le marqueur est là ou non, et si on l’oublie on peut le rajouter à tout moment.
Comme pour les rangs d’augmentations, j’identifie les rangs de diminutions pour la taille (3). Je laisse tout ça en place le plus longtemps possible, de façon à pouvoir vérifier d’un coup d’oeil si les choses ont bien l’air de coller.
Depuis que j’ai adopté les marqueurs, je me trompe un peu moins et, surtout, quand je me trompe je m’en rends compte beaucoup plus tôt ! Les vérifications sont aussi plus rapides.
La suite au prochain épisode !