J’ai fait mes devoirs, maintenant j’ai le droit de jouer !

J’ai démarré un nouveau tricot « sans réfléchir ». Du tout bête, 3 rangs endroits – 1 rang envers, une diminution et une augmentation sur les bords un rang sur deux pour obtenir un parallélogramme, pendant des mètres et des mètres de fil.

Oui, mais avant de démarrer le tricot et de pouvoir foncer sans réfléchir, il faut un minimum de préparation. Ce post aurait pu s’appeler « la géométrie appliquée au tricot » ou encore « de l’intérêt de l’échantillon ». Et oui, je remets ça !

J’ai ramené parmi mes souvenirs de vacances, de jolies pelotes colorées pour tricoter Lanesplitter. J’en entends déjà ricanner « Une jupe en tricot ?! Mais tu ne te mets jamais en jupe ! ». Ce à quoi je répond que si j’avais une jupe comme celle-là je la porterais.

Le nom de la laine me fait bien marrer, très à propos pour une jupe non ?

La jupe est un rectangle tricoté de biais et cousu sur le côté. Cette histoire de couture sur le côté me chiffonne. S’il y avait une couture de chaque côté, je préfèrerais. Mais comme en plus le rectangle est tricoté de biais, je préfère encore davantage supprimer totalement la couture en tricotant un parallélogramme et en faisant un grafting pour fermer le tube. Ca, c’est décidé.

La construction simplissime me permet en plus d’ajuster très simplement la jupe à ma morphologie. Il me faut juste savoir combien de mailles monter pour démarrer… c’est là qu’il me faut un échantillon fiable sur lequel baser mes calculs. Comme en plus je vais utiliser une laine que je ne connais pas, je m’y colle avec entrain (pour ceux qui n’ont pas encore compris, j’aime bien échantillonner).

Ma laine n’est pas celle du modèle, mais très similaire, j’attaque un carré avec le n° d’aiguille recommandé pour le modèle, qui est également le n° d’aiguille recommandé par le fabricant de la laine. J’ai en général une tension moyenne et je suis souvent très proche de l’échantillon des fabricants avec les aiguilles recommandées, alors je suis surprise d’obtenir un truc serré un peu raide, assez loin de l’échantillon attendu (18,5 mailles au lieu de 16 pour 10 cm).

Il faut attendre le lavage avant de se prononcer, mais je prends de l’avance, je fait un deuxième échantillon avec des aiguilles plus grosses. Rappelez-vous, j’aime bien cet exercice, et là je m’amuse avec les changements de couleurs en dégradés des deux fils, tout en me demandant s’ils sont assez contrastant… (et l’épisode de Private Practice n’est pas encore fini). J’aime beaucoup mieux la texture, mais c’est toujours plus serré que prévu avec 17 mailles pour 10 cm. Bon, allez zou, au bain ! Et puis on essore, on étale et on va se coucher.

Une fois secs, mes échantillons se sont transformés. Le deuxième dont je préférais la texture est devenu trop lâche, plus du tout approprié pour une jupe. Par contre le premier s’est bien assoupli tout en restant suffisamment opaque pour couvrir mes fesses. La mesure révèle que l’échantillon est maintenant de 16 mailles / 32 rangs pour 10 cm… gagné ! Je vais donc tricoter en 4,5mm.

Maintenant, le petit calcul avant de pouvoir me lancer : le théorème de Pythagore appliqué à un triangle rectangle isocèle (c’est le rapport 16 mailles = 32 rangs et le rythme de diminution d’1 rang sur 2 qui me dit que mon triangle est isocèle), super fastoche ! Si, si, je vous promets, ne partez pas en courant !

Donc, d’après Pythagore, mon bord de montage est égal à la racine carrée de (2 fois la hauteur au carré). Je voudrais une longueur de jupe juste au dessus du genou, c’est à dire 45 cm pour mes petites jambes. En appliquant la formule, mon bord de montage doit faire 64 cm. Ensuite, une règle de trois avec mon échantillon (16 mailles = 10 cm) : 64 x 16 / 10 = 102 mailles. Youhou, c’est partiiii !

Et ça monte, ça monte, ça monte ! Je suis complètement hypnotisée par ces rayures. Finalement, je trouve que le contraste est suffisamment visible tout en étant très doux. Allez, il faut bien quelques rangs de plus pour voir comment évolue les séquences de couleurs… accros je vous dis ! Au point que j’ai tendance à tricoter ma jupe même à la maison, au lieu de Rock Island.

Un petit mot à propos de cette laine qui est sans équivoque une imitation de Noro. Je la trouve moins rêche, plus régulière et on n’y trouve pas autant de débris de paille. La copie est plutôt mieux réussie que l’originale. Les couleurs me plaisent tout autant. Bonus : elle est moitié moins cher que Noro (mais elle est fabriquée à Taiwan, Noro est fabriquée au Japon, alors on comprend vite pourquoi…). Maintenant que je vous ai fait saliver, je suis désolée de dire qu’il me semble qu’elle n’est actuellement pas distribuée en France.

Bon, petite mise au point quand même, histoire d’essayer de convaincre les réfractaires. Si vous m’avez lu jusqu’ici alors j’ai un espoir d’y parvenir. Imaginons un peu que je n’ai pas lavé mes échantillons… J’aurais choisi le deuxième échantillon, tricoté sur des aiguilles n°5 ou, pire, j’aurais tenté le 5,5 en croyant me rapprocher de l’échantillon attendu. Et au premier lavage de ma superbe jupe, qui serait bien arrivé un jour ou l’autre, j’aurais découvert avec horreur que :

  1. la jupe se serait allongée de 3 à 6 cm. Ca ne ferait plus une jupe au dessus du genoux, ça. Une jupe qui tombe pile sur le genou ou carrément sous le genou, ça change le look et sur moi ça se rapproche dangereusement de l’effet mémère.
  2. on pourrait voir ma culotte à travers la jupe devenue « ajourée »

La morale de l’histoire au cas où on ne l’aurait pas encore comprisLavez vos échantillons !

Les échantillons

Aujourd’hui je fais une confidence : j’adore échantillonner.

Je sais, je suis un cas clinique assez rare et je m’applique à contaminer un maximum de personnes.

La réalisation d’un échantillon, c’est pour moi la découverte du fil. Premier contact : on sort le fil de la pelote, on monte des mailles. Les sens sont en éveil. Comment est-ce sous les doigts ? Mmmh, c’est doux.

On tricote quelques rangs : comment est-ce que le fil se comporte ? Est-ce qu’il fait ce qu’on attend de lui ?  Tiens, il est très élastique.

Le tricot commence à se former. C’est trop lâche, changeons d’aiguilles.

Ce petit morceau de tricot me révèle un peu de la personnalité du fil. Je le lave et je le bichonne. C’est beau…

Et je le maltraite un peu aussi. Zut, ça feutre à la machine ! Il valait mieux le savoir avant d’y mettre le pull…

J’aime ces moments passés avec le fil et juste le fil, sans nécessairement de modèle ou explications pour accaparer mon attention. C’est un peu comme un premier rendez-vous en tête à tête.

A l’arrivée d’un nouveau fil à la maison, je n’ai pas forcément envie (ni le temps) de commencer tout de suite l’ouvrage, mais je peux tout laisser en plan pour faire un échantillon, pour voir comment se tricote le nouveau fil.

Explorer ses possibilités…

Alors oui, je fais toujours des échantillons avant de tricoter un vêtement (notez le pluriel). Il m’arrive même d’acheter une pelote juste pour échantillonner. C’est loin d’être du temps perdu, c’est un moment privilégié.

J’ai mon système pour savoir avec quel n° d’aiguille a été tricoté l’échantillon : 1 noeud double = 1mm, 1 noeud simple = 1/2mm

 

Parfois je voudrais en savoir plus, savoir comment le fil vieilli. Dans ces cas-là, ma petite tradition est de tricoter un chapeau. C’est ce que je suis en train de faire.  A suivre…